Francine John, Conseillère nationale, les Verts

 
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Moins d'armes pour moins de violence (Suisse)

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Moins d'armes pour moins de violence (Suisse)
04/09/2007
L'initiative «Contre la violence des armes» est lancée. Buts: un registre national des armes, la preuve du besoin et des capacités pour en détenir une, la fin de l'arme militaire à la maison.
La récolte des signatures peut commencer. L'initiative «Pour la protection contre la violence des armes» est portée par la gauche et une soixantaine d'organisations féminines, syndicales, pacifistes, médicales, religieuses. Présentée hier, elle vise à inscrire dans la Constitution un nouvel article obligeant la Confédération à légiférer «contre l'usage abusif d'armes».


ARMES DE SERVICE Pour les auteurs de l'initiative, les armes de service devraient rester dans les arsenaux. De plus, d'autres armes jugées dangereuses, comme les fusils à pompe, seraient purement et simplement interdites. (keystone)
En fait, la loi sur les armes de 1999 vient d'être révisée. Avec des dispositions plus sévères sur les armes très dangereuses (lance-roquettes), les imitations d'armes utilisées par les braqueurs. Mais une minorité du Parlement a vainement tenté d'introduire d'autres éléments. Un comité s'est donc formé pour réclamer ce complément par voie d'initiative populaire.

Pour la conseillère nationale Chantal Galladé (PS/ZH), davantage de sécurité est devenu une nécessité. Le criminologue Martin Killias a calculé qu'en Suisse, chaque année, 300 personnes sont tuées par une balle d'arme militaire, qu'il s'agisse de crimes, de suicides ou d'accidents. Or, il y a un lien démontré entre, par exemple, le taux de suicides et l'accès aux armes à feu. Sa collègue Géraldine Savary (PS/VD) précise que, sur les 3,2 millions d'armes répertoriées dans les ménages helvétiques, moins de 20% sont des armes de chasse ou de sport. Les autres sont des armes d'ordonnance, dont 250 000 utilisées pour la défense nationale. «Il reste donc 1,4 million d'armes militaires modernes, sans utilité, qui dorment dans des caves», dit-elle.

Elle rappelle deux drames avec utilisation d'armes militaires: la tuerie du Grand Conseil de Zoug en 2001 (14 morts) et l'assassinat de la skieuse Corinne Rey-Bellet l'an dernier. Deux situations où une personne perd momentanément la raison et dispose d'armes à feu. Francine John (Verts/NE) y ajoute le drame qui a fait deux morts, mi-août à Montmollin.

L'initiative propose donc que l'achat ou la possession d'une arme réponde à un besoin et nécessite certaines capacités. Les armes d'ordonnance, hors service et à la fin des obligations militaires, retournent dans les arsenaux. Une catégorie supplémentaire, jugée particulièrement dangereuse, serait interdite, comme les armes à feu automatiques et les fusils à pompe.

Enfin, l'initiative veut assurer la traçabilité des armes à feu. Il s'agirait, au moins dans un premier temps, de pouvoir mettre en réseau les registres d'armes tenus par les cantons et par l'armée. En fait, un registre national, comme celui qu'avait proposé Ruth Metzler mais que son successeur, Christoph Blocher, est parvenu à biffer du projet de révision de la loi. / FNU

berne, françois nussbaum
Lenteurs helvétiques

COMMENTAIRE - Par François Nussbaum

«Il existe des registres pour les voitures, les chiens, les cochons, même pour les journalistes, et on renoncerait à le faire pour des objets aussi dangereux que les armes à feu?» Difficile de ne pas suivre le comité d'initiative. D'autant moins que ceux qui s'opposent à une législation sévère sur les armes – tireurs sportifs, chasseurs, collectionneurs – n'auraient rien à craindre.

Ces trois catégories seraient au bénéfice d'une sorte de permis professionnel, si des conditions minimales sont remplies. Des conditions liées au sérieux et au sens des responsabilités: les professionnels concernés auraient même tout à gagner d'une valorisation de leur activité.

Il est piquant d'apprendre qu'un Suisse, l'ambassadeur Anton Thalmann, dirige un groupe de travail de l'ONU sur le marquage et la traçabilité des armes légères et de petit calibre. Si elle n'a toujours pas de registre national des armes (ni légères ni lourdes), la Suisse devra renoncer à ratifier un instrument qu'elle aura contribué à mettre en œuvre au plan international.

En attendant la mise en vigueur de la dernière révision de la loi sur les armes (dans un an, si tout va bien), la Suisse restera dans le peloton de tête des plus hauts taux de suicides. Alors qu'on sait, d'une part, qu'ils sont commis dans 27% des cas avec des armes à feu (36% chez les hommes) et qu'à l'évidence, l'accès direct à une arme facilite le passage à l'acte.

On verra à ce propose si, après la munition de poche, le citoyen-soldat est prêt à renoncer à l'arme à la maison. Une tradition relativement récente et qui n'a plus, aujourd'hui, d'autre justification que symbolique.